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Grouitch Leilah

Née en 1945 à Thonon les Bains.
Vit et travaille à Villard (Savoie)
(leilah.grouitch@wanadoo.fr)
Adresse : les Crozats, 74420 Villard (tél. 0450391610)
www.leilahgrouitch.wordpress.com

Repères biographiques :
- Formation auprès de Norbert et Jeanne Pierlot à Ratilly (1972), puis de Daniel de Montmollin à Taizé (1989)
- 1972-1979 : premiers ateliers à Madagascar
- 1979-1991 : atelier en Côte d’Ivoire (Abidjan)
- 1991-1994 : atelier aux Etats Unis Bethesda, Maryland
- 1993 : Premier prix céramique.à la Cork Gallery, Lincoln Center, New York, USA
- 1994 : retour en France, première installation d’atelier en Haute Savoie, étude du modèle vivant aux ateliers des Beaux-Arts de la ville de Paris et à l’école des Beaux-Arts de Paris.
- 2002 : création de l’atelier de Villard
- 2002-2003 : représentée par la galerie Artisanat et Réalités (Janine Sauvaire) à Paris
- Présente annuellement ses œuvres à Paris, en Suisse, dans des salons et reçoit dans son atelier de Villard, sur rendez-vous.

Les débuts en Afrique et aux Etats-Unis :

« Je découvre la céramique tournée sur un tour en pierre lancé au bâton à Madagascar en 1971 chez Saher, potier indien de Madagascar, installé à 30 km de chez moi. Cuisson primitive après polissage des pièces et inclusion de cendres de cuisson à l’aide d’une batte pour imperméabiliser les jarres à eau. J’entrevois une possibilité d’émaillage en visitant l’usine de canne à sucre où les alandiers qui brûlent la bagasse sont couverts de verre.

En juillet 72, la révolution malgache me pousse hors du pays, je fais un stage chez Jeanne et Norbert Pierlot à Ratilly. Initiation au tour électrique avec Inger Persson et aux émaux de cendres avec Norbert Pierlot.. Retour à Madagascar avec le livre de Bernard Leach.

1973 : Tournage chez Saher. Il me donne la vieille roue avec laquelle son père avait quitté ce qui est aujourd’hui le Pakistan, pour que je puisse aussi m’entraîner chez moi.
1974- Retour en congés en France en début d’année et commande d’un four électrique Scandia. Achat en Suisse chez Caspard à Vuiteboeuf d’un tamis et de quelques matériaux pour lancer les opérations d’émaillage sur grés avant de mettre au point une terre à grès. Acquisition d’un four électrique danois.

1975- février : le four est dans la véranda de Madagascar, le livre de Bernard Leach en main les travaux sur les cendres et les matériaux locaux commencent. J’ai un sable local qui est de la silice et un autre corallien donc calcaire. Les cendres viennent de mon jardin et de ce que je rencontre sur l’exploitation. La principale source de calcaire vient de la montagne d’Ambilobé car c’est un matériau très utile aux fabricants de sucre .
Juillet : rencontre avec Frère Daniel sur les conseils d’un potier de la région qui connaît son livre sur les cendres. Je lui montre mes essais avec les matériaux locaux, j’assiste pour la première fois à un défournement et je repars pleine d’enthousiasme et de conseils munie de son livre l’art de cendres.

1977- Installation à Antanarivo. La production céramique continue ainsi que la recherche d’émaux. Premières ventes chez les Frères de Tananarive qui travaillent le bois et au centre culturel français. Je suis admirative des pierres dures rencontrées sur le marché du Vendredi. Il y a le feldspath sous forme de sodalite, les bois silicifiés, la calcite , la rhodocrosite et son manganèse, la goethite, bref tout ce dont je peux rêver quand je fabrique mes émaux.

1978- Déménagement en France à la fin de l’année scolaire puis en Côte d’Ivoire. Bouaké puis Abidjan où j’installe dans le garage un petit four au gaz de ville. Vente des pièces à la boutique Dorian Gray. Retour en France en 1982.

1985- En vacances à St Yves chez une amie je déjeune tous les matins dans un petit bol fait par Bernard Leach . Il habitait un appartement au-dessous de chez elle, belle coïncidence mais il n’est plus là. Je ferais une visite à l’atelier où travaille sa femme Jeannet. Et j’irai à la Tate Gallery voir une exposition de ses œuvres.

1989-Retour à la céramique par le biais du C.N.I.F.O.P. et sous la direction de Robert Deblander, après des études d’anglais. CAP de tournage. Rencontres à l’atelier d’Antoine de Vinck à plusieurs reprises. Stage chez Daniel de Montmollin à Taizé.

1990 - Octobre : départ au U.S.A. à Bethesda. Maryland.

1991- Mai : cinquième atelier et sculpture et design à l’université du Maryland. Cours de démonstration céramique sur deux jours avec Robin Hopper, Odundo, David Leach etc… Une artiste d’origine japonaise m’ouvre les portes de l’association « Artists Craftmen of New-York » ainsi que le club « Pen and Brush Club of New-York ».

1994-Retour en France et création d’un nouvel atelier en Haute-Savoie avec annexe à Paris et construction d’un four à gaz. »

L’œuvre :

Toutes les pièces de Leilah Grouitch ont deux cuissons minimum, l’une à 985° Celsius, cuisson de dégourdi, l’autre à 1300° Celsius, cuisson d’émaillage pouvant se répéter une ou deux fois, ou cuisson donnant à la pièce sculptée une apparence pierreuse en accentuant sa solidité et modifiant la couleur selon la nature de la terre.

La terre
« La terre utilisée sur le tour est en grande partie une terre naturelle à grès venant de Puisaye qui a été récoltée il y a vingt ans sur les terres d’un vieux potier disparu aujourd’hui.
Pour la sculpture, j’achète différentes terres à grès que l’on trouve dans des enseignes spécialisées dans les matériaux céramiques, et il m’arrive aussi de faire des mélanges ou de chamotter ma terre naturelle avec une chamotte de même nature (grains de terre cuite) que je prépare moi-même avant de lui faire subir une cuisson de dégourdi à 980 degrés Celsius.
La porcelaine que j’utilise au tournage ou en sculpture est une porcelaine de Limoges que je chamotte moi-même quand cela est nécessaire. Rarement et pour des besoins bien ciblés j’utilise aussi une porcelaine moins pure que celle de Limoges.
Je prépare également ma propre terre pour mettre en valeur certains gris, ou quelques céladons qui, à mes yeux, gagnent en texture.
Les sculptures, modelées selon mon imagination ou d’après modèle vivant, le sont en plein, puis sont découpées en morceaux, évidées avant d’être reconstituées. Les morceaux sont recollés à l’aide de barbotine, une boue épaisse de même nature que la terre utilisée.
La terre de tournage se doit d’être bien battue avant la mise en œuvre des pièces, pour extraire les bulles d’air et surtout obtenir une consistance identique en tout point de la masse travaillée. Je bats la terre en coquillage, c’est une technique courante en Orient. Et lorsqu’elle n’est pas régulière je la coupe au fil en trois morceaux que je remets les uns sur les autres une dizaine de fois avant de reprendre le coquillage. C’est aussi une bonne méthode pour mélanger des terres de couleur différentes. »

La céramique tournée
« Cette dernière toujours tournée sur rondo (disque en bois ou en plâtre) dans le cas d’une porcelaine, ou d’une grosse pièce, est mise à raffermir le temps nécessaire en cave pour obtenir une pièce de la consistance du « cuir ». Elle sera alors recentrée sur le tour pour l’alléger en enlevant sur le fond des rubans de terre et en ne laissant qu’un cercle de largeur adéquate qui supportera la pièce. On peut aussi à ce moment-là rectifier la forme par soustraction de terre selon son désir.
Ainsi traitée la pièce va retourner sécher dans la cave et rejoindre, une fois sèche, les étagères près du four. Puis elle sera dégourdie à 985 °degrés Celsius dans un four électrique. Cette première cuisson très lente et qui dure environ 10 heures permet à l’eau de constitution des pots (et non plus l’eau de façonnage) de s’évaporer et laisse maintenant libre cours à l’émaillage. »

La sculpture
« Une sculpture en pied nécessite la pose d’une armature intérieure en fil de fer qui ne peut être cuite (sans armature elle fendrait inévitablement aux chevilles), donc l’exécution d’un moule original en plâtre, avant d’être transportée chez le fondeur pour une fonte en bronze. L’original en terre est alors sacrifié.
Les abattis qui désignent les bras ou parties de la sculpture ne peuvent être coulées directement avec la pièce principale et seront rajoutés et recollés ensuite avec du plâtre. »


L’émaillage des pièces céramiques
« Je crée mes propres glaçures, le plus souvent à base de cendres végétales collectées par mes soins à Madagascar où j’ai longtemps séjourné, aux Etats-Unis, ou dans les Alpes en Haute-Savoie.
La collecte des végétaux effectuée, il faut les brûler lentement dans un fut percé pour avoir la meilleure qualité de cendre possible et s’assurer qu’on en a une bonne quantité avant d’entreprendre des essais (entre vingt et cinquante kilos de cendre, le rendement étant de 1.5 à 3 kg pour 100 kg secs de végétaux.).Ces cendres sont ensuite tamisées dans un tamis de 120 ou 160 (mailles au cm2) ce qui est très fin. Les cendres acides ou mixtes sont alors lavées dans un fût pour éliminer tous les alcalis solubles, soude et potasse, ce qui prend beaucoup de temps en siphonage et remplissage d’eau. Puis il faut sécher le tout en mélangeant bien. On est alors prêt pour l’analyse chimique si on en a les moyens. Sinon ce sont beaucoup d’essais en perspective pour mettre au point la glaçure convoitée. Mieux vaut ne pas mélanger les espèces végétales si on veut garder à chacune sa spécificité. Les essais sont partie intégrante d’une cuisson d’émail et beaucoup de temps leur sont consacré.
En règle générale, les émaux sont proches de la terre sur laquelle ils sont posés sauf qu’ils fondent avant elle. Ils sont constitués d’un fondant (cendre, calcaire, potasse, magnésie), d’alumine (la peau de la glaçure, aspect lisse, mat …) et d’un squelette représenté à cette température de cuisson (1300 degrés Celsius) par la silice.
La couleur des émaux m’est surtout donnée par le fer dont la palette est d’une rare générosité : jaune, vert, rouge, brun, noir, jusqu’aux subtils bleus de lune à faible palier de formation comme le sont les nucléations. Je complète cette palette avec un soupçon de cuivre, de cobalt et de chrome en infimes quantités. Et je joue sur les atmosphères avec mon four à gaz construit par mes soins. Atmosphère réductrice (on prive le four d’oxygène), oxydante (on lui en donne), ou un mélange des deux qui peut aboutir au neutre. L’expérience est le maître mot d’une cuisson que l’on souhaite la mieux réussie possible. Malgré les plans de four, les courbes de cuisson etc. le feu a toujours le dernier mot, quoique l’on fasse, et il faut savoir rester humble, il n’y a pas de repentir en céramique. La terre donne beaucoup mais ne pardonne rien.
Les essais d’émaux se font sur 5 grammes et sont appliqués sur des tessons céramiques préparés par mes soins dans la terre souhaitée ; les pesées réalisées sont alors tamisées trois fois (tamis 120 pour un mélange adéquat) puis un ajout d’eau pour la consistance désirée est effectué avant l’application. Une référence est alors appliquée au dos ainsi que le mode de cuisson et le n° de la cuisson.
Un émail satisfaisant sur échantillon peut se comporter différemment sur une pièce verticale , convexe ou concave et rien n’est gagné à cette étape, des essais supplémentaires sur de petites pièces, puis sur des pièces plus importantes confirmeront l’usage ou non de la glaçure.
L’émail se révèle au point: il sera alors pesé en plus grande quantité et broyé dans un broyeur à galets un certain temps, pour moi une matinée pour la préparation d’un seau de glaçure céladon. Le broyeur à galets est une jarre en porcelaine qui contient une partie de la glaçure avec des billes de corindon et qui tourne un certain temps, de manière à broyer et mélanger la glaçure de façon optimum. Pour un seau, l’opération « énergivore », est à répéter plusieurs fois ; à l’émaillage certaines glaçures ont tendance à plomber, elles se prennent en bloc au fond du seau malgré la bentonite et à chaque émaillage de pot, il faut re-désagréger cette masse à la main avant d’émailler le pot suivant. C’est particulièrement vrai pour les glaçures qui contiennent peu de kaolin et beaucoup de néphéline syénite.
L’émaillage est une opération délicate qui nécessite beaucoup d’attention. Je commence par cirer au pinceau la partie du pot qui sera en contact avec la plaque du four, ou le disque de porcelaine sur lequel posera la pièce en porcelaine (pour éviter qu’elle ne colle à la plaque et se déforme). La partie cirée refusera la glaçure. Ensuite, si nécessaire, je vais émailler le fond du pot qui ne touche pas la plaque du four et je vais le cirer lui aussi pour le protéger de la glaçure à venir. Ensuite nous émaillerons selon les circonstances l’intérieur ou l’extérieur de la pièce avec des décors ou non, intaglio , bord à bord ou en superposition de glaçures, et cirerons à nouveau l’ensemble en laissant bien sécher le tout. Si nous avons commencé par émailler l’intérieur, nous allons boucher le col avec un bouchon découpé dans un sac en plastique fixé avec de la cire pour le protéger, puis nous émaillerons l’extérieur avant de retirer ce bouchon. Enfin nous placerons la pièce dans le four en notant sa place et sa hauteur dans ce dernier.
La conduite de cuisson programmée effectuée, nous attendrons que le feu rende l’oracle. Cuisson de 10 à 11 heures à 1300 degrés pour la céramique comme pour les sculptures. »

(Notice rédigée par Bruno ESTIENNE, juin 2015)

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