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Jean Van Dongen

Johannes Leonardus Marie Van Dongen dit “Jean” van Dongen (1883-1970)

Par Anne Lajoix

Si chacun connaît Cornélius dit « Kees » van Dongen, en revanche, son frère Jean est encore méconnu malgré quelques articles qui lui furent consacrés mais parus dans les journaux hollandais, en mai 1927, 1932 et en décembre 1933.
Il y a deux aspects dans l’œuvre oublié de Jean van Dongen : d’une part celle du praticien et d’autre part, son œuvre personnel, celle du céramiste.

Jean naît le 8 novembre 1883 près Rotterdam, dans la partie ancienne, à Delfshaven, au sein d’une famille aisée, propriétaire de deux malteries.
Contrairement à la légende, leurs parents ne s’opposent pas aux vocations artistiques des deux garçons : Kees peut s’adonner à la peinture après avoir suivi les cours du soir de l’Académie des Arts et des Sciences de Rotterdam, avec un double cursus consacré au dessin industriel et aux arts décoratif, ce qui explique l’exécution, vers 1905-1907, de quelques faïences peintes, tandis que Jean poursuit des études d’architecture.

Lorsqu’en 1904, Jean rejoint son frère à Paris, au Bateau-Lavoir, celui-ci est entouré d’amis. Une véritable nébuleuse d’artistes qui tisse un réseau amical fort, car forgé dans les épreuves, et qui va de Gauguin à Henri de Monfreid ou encore les catalans Manolo Hugué et Paco Durrio. Ce dernier aura beaucoup d’importance pour le devenir de Jean : dans un article de 1928, il a déclaré avoir été son « ancien collaborateur […] en 1904 à Alfortville ». Qui pense Montmartre, pense aussi à Pablo Picasso qui fait quelques essais céramiques auprès de Paco Durrio en 1908.

C’est en 1922 qu’Aristide Maillol (1861-1944), fait la connaissance du sculpteur et céramiste Jean van Dongen, avec lequel il tisse des liens amicaux et dont il fait un de ses praticiens. Celui-ci reproduit plusieurs de ses œuvres dans différents matériaux : « taillant le marbre et cuisant les céramiques de ce dernier dans le four de son atelier situé à Marly-le-Roi, près de celui de Maillol ». Selon le témoignage de Mme Véronique Goupy-Servant, alors enfant: « Jean avait un atelier, route de l’Etang-la-Ville, côté Mareil, en bas de Montval. L’atelier était en bois avec des fenêtres hautes. Il y faisait des moulages, des modelages d’argile et une sorte de pate à modeler grise ; il y avait aussi un four à céramique. […] » Situé sur un terrain loti, l’atelier a disparu aujourd’hui.

D’après Ernest Tisserand, en 1928, « malgré son extrême modestie, Jean Van Dongen est un des céramistes les plus avertis que nous ayons. Il a trouvé et décoré la faïence, le grès, la porcelaine et les terres réfractaires, en cuisant au bois dans un four du système L'Hospied qui lui permet d'obtenir et de maintenir toutes les températures nécessaires. C'est aux terres réfractaires que vont ses préférences. Il a été conduit à les employer et à s'y attacher par son art de sculpteur céramiste. [Elles] n'ont pour ainsi dire pas de retrait et, bien cuites, elles offrent l'apparence de la pierre. Bien souvent, dans ses œuvres, des personnes pourtant renseignées ont même cru reconnaitre une taille directe de la pierre ».

En 1929, un nouvel article nous indique comment les œuvres de Jean van Dongen étaient reçues: « Et c’est un véritable plaisir de trouver à côté de cette œuvre riche, colorée, pénétrante, les pièces céramiques de Jean Van Dongen. Grand monsieur Jean Van Dongen, sculpteur savant, technicien instruit de tous les arts du feu, il est du Nord lui aussi - et il n’en est pas. Car son inspiration reste toute méditerranéenne. […]. Les ressouvenirs ne sont chez lui que tradition, enseignement, formation. Il y a quelque chose de tout à fait jeune dans sa facture, bien plus, il y a quelque chose, que sans emprunt direct qui, n’oublie pas cependant ce que ce siècle doit à cinquante ans de rénovation céramique. Car, sculpteur ou potier, Jean Van Dongen est avant tout un céramiste. Il sculpte en fonction du feu. Il tourne ses modèles en fonction de qui fait la vie moderne. Décorateur né, il veut que son décor, pour discret qu’il soit, éclate nettement sur la douce matière de sa terre. Et nous mettons très haut certains plats aux poissons, certains vases très calmes où quelques filets d’un noir métallique confèrent une vie réellement palpitante à la belle matière vitrifiée par le feu. Aussi bien son amazone est célèbre, ses biches, ses serpents, sa tortue, ses paons. Mais recherchez ses pots et ses plats, où se conjuguent les plus méritants efforts, les plus louables réussites. »

Puis, c’est le grand silence : plus d’articles, plus de traces. La seule chose que nous sachions est qu’après la Seconde guerre, il a donné des dessins ou des projets pour un décor de service en porcelaine chez Bernardaud à Limoges.

Jean van Dongen rencontrait un vif succès auprès des amateurs américains. Aujourd’hui ses œuvres figurent au Musée promenade de Marly, au musée national de Céramique de Sèvres, au Musée national Picasso, à Paris et dans quelques collections privées. De temps à autre, ses céramiques et ses sculptures apparaissent sur le marché de l’art, comme cet autoportrait en plâtre d’une hauteur de 52 cm, aux Etats-Unis le 2 février 2008 ou bien à l’Hôtel des ventes de Paris. Les quelques pièces que nous connaissons portent la marque d’une inspiration puisée aux répertoires des arts exhumés par l’archéologie à l’époque, même certains thèmes comme son Amazone exposée en 1929. Si les formes des plats, des coupes ou des vases, sont relativement traditionnelles, les décors peints toujours stylisés (lignes ondées, enroulements, damiers ou hachures) irradient de modernité par les couleurs d’un grand raffinement, de bruns, des noirs, des jaunes et des bleus. En revanche, certaines interprétations du règne animal sont parfois surprenantes hormis quelques belles réussites comme sa boîte cobra.

Anne Lajoix

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