/content/detail_Parisi%20Salvatore.html

Parisi Salvatore

Salvatore Parisi
Céramiste- sculpteur- peintre- performer
La Terrasse, 5 bis avenue Jean de la Fontaine, 06100 NICE, France, tél. 0033 (0)6 24 49 21 91

Repères biographiques :
Né le 16 avril 1953.
D'abord tourneur-façonnier parcourant la France et l'Italie dans différents atelier, Salvatore Parisi débute son activité de céramiste chez Benoît Blanc à Vaison la Romaine.
En 1977, il reçoit une bourse de la Société d'Encouragement aux Métiers d'Art, et travaille avec le maître céramiste Paul Badié.
Il ouvre son propre atelier à Tourettes sur Loup en 1980.
Vit et travaille à Nice.

L’œuvre :
Le travail de Salvatore Parisi va de la miniature au mural d'architecture intérieure et extérieure (30 m2 pour la ville de Gardanne en collaboration avec le peintre Henry Baviéra en 1977 ). Son dernier travail mural, Salvatore Parisi le réalisa en lave émaillée (6 m2 en extérieur pour la ville de Vence avec l'artiste Alain Diracca en 1995).
Il organise à Pâques 1998 pour plusieurs céramistes une rétrospective «50 ans de céramique contemporaine» à Tourrettes sur Loup, préfacée par Antoinette Hallé (directrice du musée national de la céramique à Sèvres ).
Salvatore Parisi, homme de dialogue et d'échange, aime aussi ouvrir son atelier à d'autres artistes. Ensemble, des créations sont nées à la suite d'inspirations fructueuses avec Arman, J-C Blais, H. Baviéra, César, R. Courtright, J. Diffring, A. Diracca, JP Gault, B. Pagès, M.Piano, Seund Jha Rhee, R. Soardi, Mitch Waite.
En 1991, il est auditeur libre à libre la Villa Thiole à Nice et commence une activité de peintre et dessinateur influencée par de nombreux voyages en Asie.
Il réalise en 1992 la commande Trophée « Produits Roche » à Paris.
Il participe à de nombreuses expositions tant collectives que personnelles et collabore régulièrement avec des galeries parisiennes, du sud de la France et d’Italie.

Expositions :
Lauréat du prix Madoura en 1990 à la XIIe Biennale internationale de céramique de Vallauris, sa sculpture figure dans la collection du musée Magnelli dans cette même ville. Deux autres œuvres furent entre-temps acquises par le musée national de Sèvres en l'année 2000.
Une exposition personnelle de son œuvre peint « Palimpsestes », sur laquelle il œuvra une année entière, lui fut offerte par la ville de Vence en septembre 1998.

Expositions collectives :
1985 : « De Terre, d'eau et de feu », La Malmaison, Cannes
1990 : « Foire internationale d'art contemporain » Art Jonction Nice / Galerie AO Antibes
1995 : « SAGA » Grand Palais Paris / Editions Laurié Dubé
1998 : « Expression Terre » 10 artistes céramistes, Château de Tourrettes sur Loup
1998-1999 : Musée d'art moderne Pusan, Corée du Sud – échange musée Pusan-Carros (catalogue)
2000 : « Objet de l'art – Art de l'objet », Galerie Beaubourg M. et P. Nahon, Vence ; premier marché de la pièce unique, Vallauris,
2002 : XVIIIe biennale internationale de céramique de Vallauris, deuxième marché de la pièce unique, Vallauris,
2005 : Une collection nationale / Exposition des Acquisitions / 50 ans de céramiques contemporaines françaises, Musée national de la céramique de Sèvres (Catalogue),
2006 : Galleria Gagliardi / San Giminiano-Taormina / Italie.

Expositions personnelles :
1979 : « De l'organique au spirituel », FIAP Paris
1981 : « Terre Vivante » chez Roger Collet Vallauris
1984 : « Cassure », Château de Tourrettes sur Loup
1990 : « Fragments d'une Mémoire », Galerie AO, Antibes
1998 : « Palimpsestes », Chapelle des Pénitents Blancs, Vence
2006 : « Parisi in Paris », Galerie XXI Michel Blachère, bd Raspail, Paris
2009 : « Baous et Rious », Le Hang'art Jacques Fromanger, Draguignan
2011 : « Chemins de Terres », Fondation André Iperti, Vallauris
2012 : « 3 dates – 3 artistes – 3 profils/// », Musée d'histoire et de céramiques, Biot.

Commandes publiques, acquisitions :
1978 : Assiste Henri Baviéra Peintre / animation murale 30 m2 céramique Gardanne ( Bouches du Rhone ). Assiste Hans Spinner céramiste / Mural 70 m2 lave émaillée pour V. Adami / ateliers Fondation Maeght
1990-1992 : Acquisitions sculptures et Trophée / Produits Roche / Paris Ile de la Jatte
1995 : Collaboration Alain Di Racca / Mural lave émaillée 6 m2 cimetière de la Sine Vence et St Paul de Vence
1998-1999 : Vente publique étude Maître Ph. Palloc Nice
2000 : Achat de l'état 2 sculptures / Musée national de la céramique de Sêvres
2003 : Acquisitions sculptures / Pierre Staudenmeyer / Mouvements Modernes – Néotu / Paris
Œuvres dans de nombreuses collections privées et publiques.

Galeries :
Laure Matarasso / Nice
Galerie Beaubourg / Marianne et Pierre Nahon
Galerie des Docks / Nice Port
Paola Lumbroso / Marché Vernaison St Ouen
Galerie XXI / Michel Blachère bd Raspail Paris
Galleria Gagliardi / San Giminiano-Taormina / Italie
Galerie Le Hang'art / J. Fromanger Draguignan
Galerie Artisyou / St Tropez-Paris
Galerie Capazza / Grenier de Villâtre Nançay
Galerie Quincampoix / Paris

Aphorismes personnels :
« Créer, c'est saisir l'insaisissable entre le temps et l'espace. »
« L'art n'est pas qu'une esthétique, c'est aussi un engagement personnel au quotidien, un vrai marathon, comme l'AMOUR, avec ses joies et ses peines. »
« INTELLIGENCES PARALLÈLES ». Ma pratique quotidienne de la céramique depuis bientôt quarante ans ainsi que diverses informations me poussent à considérer que nous sommes issus des « poussières d'étoiles ». Toutes les matières présentes sur cette « Terre » proviennent d'un même programme universel, toutes aussi intéressantes que mon choix « céramique ». Méritant d'être associées, elles participent d'un même processus actif moléculaire, atomique, leur donnant à chacune son identité, tout comme pour notre existence, résultat de l'évolution terrestre actuelle.
Ces deux « programmes » ou « intelligences parallèles » (visibles ou microscopiques) Nature-Homme , ces « épousailles » ressemblent à une composition musicale, ( mélodie et accompagnement ).
Qui est la mélodie ?
Qui est l'accompagnement ?
Les œuvres « mariées », « accouplées », « restaurées », « matières à réflexions » présentées en terre cuite et agate ou améthyste, terre cuite et bois, ou plâtre, bronze, ciment, verre ou macadam, expriment « l'art du feu » résultant d'un côté du savoir-faire humain et d'autre part d'un long processus de refroidissement issu du chaos volcanique, tellurique, traversant le « noyau terrestre ».
« Cette modeste leçon de choses »
« Cette vision bouddhiste rejoignant par là-même une sensibilité écologiste »
« Quête intérieure – Quête extérieure »
Est-elle l'ADN de l'Art ?
Salvatore PARISI, Nice le 1er août 2011 »

« FRAGMENTS d'une MÉMOIRE, entre le temps et l'espace. Sculptures – céramiques
La matière possède des codes précis, qui sont transmis à l'Homme, puisque celui-ci est issu de cette matière.
Ensuite il les transcrit à l'extérieur par différents moyens. Il ne fait donc que transmettre sa mémoire, bien qu'il existe différentes mémoires.
Les impressionnistes ont radiographié leur champ de vision sans appareil photo, rien que par l'intermédiaire de leurs pinceaux.
Les cubistes ont disloqué les formes bien avant la découverte de l'atome.
Les abstraits n'ont fait qu'exprimer l'infiniment petit et l' infiniment grand, sans avoir besoin de microscopes ou de lunettes optiques.
La bande magnétique fut inventée bien avant la découverte de l'ADN.
Ce qui prouve que ces intuitions, inscrites potentiellement dans l ' Homme, sont ensuite confirmées scientifiquement.
Actuellement, après les rupestres, Gutenberg, nous utilisons l'offset, le laser, la lumière pour laisser des traces.
Nous sommes donc passés de l'utilisation d'un corps solide à la lumière. Matière Antimatière.
Quels que soient les moyens, aujourd'hui, notre préoccupation terrestre, artiste ou pas, est de perpétrer, perpétuer notre mémoire…
Quand j'ai tout dit, après les mots, il ne reste que la mémoire, mes « Traces de Mémoire » .
Salvatore PARISI Vence avril 1990 »

Témoignages :

Alain di Racca, Nice 1998 :
« …... de l'amitié......
Comment aborder ce personnage, SALVATORE PARISI ?
De façon directe, tel qu'il est souvent. Gentiment maladroit, à l'esprit vif, rusé, instinctif, cet homme a une forte personnalité et le cœur ouvert. Il serait supportable si son sang de méditerranéen du sud ne lui jouait pas des tours : mais alors, serait-ce encore Lui ?
Avec Lui on ne s'égare pas, tout tourne autour de Salvatore Parisi. Cela est plutôt positif, sauf quand il devient ennuyeux parce que ça tourne à l'égoïsme têtu. Têtu, c'est un adjectif qui lui va très bien, ce peut être une de ses qualités, tout comme sa curiosité et son sans-gêne.
Tout cela ne se voit pas dans sa poterie, il est un excellent tourneur-façonnier et céramiste, ni dans sa sculpture de terre, cependant tout est présent dans l'équilibre de ses formes et la délicatesse de ses couleurs. Il serait « précieux » s'il était originaire de l'Italie du Nord, tandis que la rusticité du Sud révèle dans ses œuvres la sensibilité de l'homme.
Depuis qu'il a quitté Tourrettes sur Loup et après plusieurs voyages aux Indes, Salvatore Parisi s'adonne, ensuite en 1995, à la peinture. Ses créations, d'abord hésitantes, ont été rapidement décantées de leurs sources d'inspiration pour ne conserver que la recherche d'une expression personnelle.
Avec l'amélioration de sa technique, la découverte de nouvelles formes picturales et un questionnement intériorisé, Salvatore Parisi s'est placé sur le chemin de la création et de l'expression personnelle.
Si cet artiste parvient à surmonter rapidement, comme nous l'en savons capable, l'angoisse propre à tout créateur, nous le verrons souvent, pour notre grand plaisir, dans les différents lieux du monde des arts. »

André Verdet, 10 novembre 1999 :
« SALVATORE PARISI OU D'UNE ABSTRACTION ENCHANTÉE
Céramiste de haute tenue plastique, le peintre Salvatore PARISI mêle son instinct inné d'artiste à un très profond besoin de connaissance culturelle, civilisationnelle dirai-je, dont les diverses ramifications s'étendent parfois jusqu'à des représentations plastiques folkloriques, dont l'intensité demeure vive, toujours en prise sur un temps, un espace bien vivant.
….. Et par là, Salvatore PARISI, ce chercheur rejoint dans ses inventaires des inventeurs exemplaires, géniaux dans la mise en place de leur liberté éminemment poétique. Je nomme ici Paul KLEE et Joan MIRO si proches par la liberté spatiale et la grâce terrestre qui transcendent leurs travaux.
Salvatore PARISI a su sublimer ses recherches, ses influences et les acquis, ce qui nous vaut des toiles, des gouaches, des dessins qui relèvent d'une « abstraction enchantée », autonome, dont l'avenir augure d'un art qui sera toujours à l'écoute à la fois d'un passé culturel et aux avants postes du futur. »

Jean Paul Van LITH, Biot, le 19 mars 2004 :
« SALVATORE PARISI ENTRE PEINTURE ET CÉRAMIQUE
Comment parler de Salvatore Parisi sans tomber dans les considérations d'une critique « peu cri-
tique », si présente dans les trop nombreux textes sur l'art contemporain ? A force de chercher le pourquoi et le comment du travail d'un artiste, on en oublie souvent le fondement de toute oeuvre, à savoir le plaisir et la nécessité du « faire ».
Le « Salva » d'alors, petit jeune à la recherche d'expériences, je l'ai rencontré à La Borne, dans le Berry en1977. Toujours de bonne humeur, prompt au coup de main et prêt à la rencontre des autres,
il n'était pas le « bourlingueur » qu'il est devenu depuis.
Plus proche de l'autodidacte que de l' élève en céramique, il a appréhendé le tournage en poterie après s'être essayé dans un CA P d'usinage des métaux, et c'est un bon début. La pratique de la céramique exige une approche technique indispensable. Avant de jouer les artistes, on apprend le métier, par la suite l'on se rend compte si l'on travaille avec acharnement que ce métier devient Art et même grand Art.
Salvatore, comme beaucoup d'autres, doit en passer par là. Son ascendance italienne conjuguée
à son éducation française le poussera à construire les formes. Avec le feu, pas de triche: la pièce mal conçue et c'est la casse ou le ratage. La céramique c'est aussi la matière, les textures, c'est le royaume de l'empreinte. Par l'argile, Parisi découvre ces possibilités qu'il exploitera par la suite, dans l' usage du papier froissé, du carton encollé de sable, en terrier un peu bourru mais néanmoins raffiné.
S'il a besoin de mots bizarres, tels que palimpsestes, il souhaiterait à coup sûr être considéré comme l'arpenteur ou le cartographe du monde qu'il parcourt depuis plusieurs années par curiosité naturelle. Curiosité qu'il cultive de peur de se poser.
Sa collaboration avec de nombreux artistes connus et reconnus ouvrent des horizons à l'assis- tant. Salva se fait la main et on le trouve partout où il se passe quelque chose. Dans la céramique, son problème est de se démarquer des grands créateurs actuels. Il est difficile de prendre son autonomie.
Les biennales de la Céramique sont justement là pour voir s'affirmer les nouveaux talents. Salva comme les autres en passe par là et avec succès.
En fait ce créateur, débordant de choses à dire, se met souvent à l'écriture par besoin impérieux de ressortir tout ce qu'il emmagasine dans les nombreuses expériences qu'il tente.
Se calmera-t-il un jour ?
Je ne lui souhaite pas, et bon vent pour les routes à venir ! »

Jean FORNERIS, Nice – Juin 2002 :
« SALVATORE PARISI « Nos mémoires arpentées »
Double, ce que je vais vous dire : tantôt
l'Un croît pour seul être,
De plusieurs qu'il était, tantôt il se sépare
et devient pluriel, d'un qu'il fut.
Empédocle
Le parcours créatif de Salvatore Parisi – à la fois diversifié et d'une singulière cohérence – illustre de manière exemplaire l'antique lien entre le métier et la « forme », la « fabrication » et l'art, là où a résidé à l'orée des Temps Modernes, la mutation de l'artisan en artiste, du « manuel » en « démiurge ». Parisi a singulièrement brouillé les frontières entre l'artisanat et l'art, débat fondamental.
En effet, son apprentissage se fait en relation étroite avec l'élément terre, avec les arts du feu dont il décrypte peu à peu les moindres secrets, cuissons, glaçures, couleurs. C'est ainsi qu'il débute, dès 1973, à Vaison la Romaine dans l'atelier de Benoît Blanc. Il ne s'agit pas d'abord de se complaire dans une certaine délectation esthétique, si fascinante soit-elle.
Mais au contraire, à pleines mains – au sens propre comme au sens figuré – Parisi affronte l'argile, sa malléabilité, ses infinies possibilités et ses pièges aussi. Ne s'est-il pas alors approprié, à sa manière, les quatre éléments de la «physique » grecque, les arts du feu – saluons ici le penseur Empédocle pour lequel toute chose est composée de ces quatre éléments – unissant en un même souffle Eau – Terre - Air – Feu ?
Parisi n'a-t-il pas des origines siciliennes, à l'instar d'Empédocle d'Agrigente, aux prises avec les forces chtoniennes, et dont la biographie mythique nous dit qu'il se précipita dans le feu divin de l'Etna, abandonnant au bord du cratère ses propres sandales ? Toujours à l'orée du mythe, la formation de Parisi n'est pas très éloignée de l'idéal des anciens « compagnons » ; le compagnonnage, société initiatique de solidarité et d'apprentissage, à condition d'être « pensée » comme référence « imaginaire », rend bien compte de l'idéal de formation selon Parisi, une formation au plus près de la matière, au plus près d'une compréhension quasi-bachelardienne de celle-ci.
Fort de l'attribution d'une bourse en 1977 Parisi perfectionne son art dans l'atelier de Paul Badié à Vence, l'année suivante il met en place une animation murale en céramique de 30 m2 à Gardanne avec Henry Baviéra. Sa création s'affranchit des formes traditionnelles, des références « utilitaires », ainsi espace et couleurs s'affrontent en un dialogue qui transcende largement tout à la fois peinture et sculpture.
Homme de dialogue et d'échange, Salvatore Parisi aime ouvrir son atelier à d'autres artistes. Ensemble, des créations sont nées à la suite de collaborations fructueuses avec Arman, J.C Blais, H. Baviéra, César, Courtright, J. Diffring, A.Di Racca, J.P Gault, B. Pagès, M. Piano, Seund Jha Rhee, R. Soardi, M. Waite. C'est ainsi que notamment il a oeuvré sur des compressions – céramiques « Pour César » (1990) exposées à la galerie Beaubourg à Vence, Marianne et Pierre Nahon, d'autres pièces ont rejoint les collections du musée national de céramique de Sèvres et du musée Magnelli de Vallauris.
Les formes vont s'engendrer – véritable genèse – au gré d'une évolution libre et cohérente à la fois. Les réalisations initiales, vases, puis bouteilles s'affranchissent des stéréotypes. Aussi à la fin des années 70 naissent boules, sphères, oeufs cosmiques, créations débarrassées de toute référence utilitaire. De multiples et complexes manipulations génèrent de véritables métamorphoses, insufflant la vie à une matière prétendument inorganique : d'où depuis 1980 prolifération des pains, graines, gangues, éclosions, éruptions, autant de références plus ou moins explicites à Empédocle d'Agrigente.
Les éclosions constituent une sorte de clôture entre la sphère et les stèles à venir.
De 1982 à 1989 les stèles vont jouer un rôle majeur tant par leur qualité plastique que par leurs potentialités tendues vers une future activité picturale. La stèle ne se présente-t-elle pas sous la forme d'une feuille en train de se déployer ?
Incisée – porteuse de signe, voire signe elle-même – elle devient faille. Cette cassure, au début des années 90, véritable déchirure, évite toutefois la rupture. L'œuvre sur la faille génère portes et passages. Quand la stèle est coupée de profil ou latéralement, elle devient alors « fragment de mémoire » ; elle est ainsi porteuse de toute une histoire, tant celle des pérégrinations physiques ou mentales, mobiles ou immobiles de Parisi, que celle de la Terre elle-même, avec ses tumultes, ses morcellements, ses catastrophes, une histoire immémoriale qui l'a façonné. Au-delà de ses biens réels voyages- en particulier en Asie – n'est-il pas le voyageur immobile, adepte du « mouvement de l'homme immobile » décrit par Bachelard dans sa « Poétique de l'espace » ?
Ce travail sur la terre – en dialogue avec la Terre – est répétons-le essentiel. Œuvrer sur la terre, c'est contempler tout un vaste paysage, là où le microcosme synthétise énigmatiquement le macrocosme. Le fragment est secrètement porteur de la totalité. C'est ainsi que les stèles et leurs multiples variations constituent une ouverture sur l'univers et sur l'homme lui-même, sur l 'infiniment petit et l' infiniment grand, en un mouvement quasi-pascalien. Stèles et plaques, à leur façon, racontent l'histoire d'un homme né de la matière et dont le destin est d'y retourner. Salvatore Parisi est un vrai « terrien », il est celui qui a pleinement conscience d'appartenir à la Terre, au Cosmos, grain de poussière; en cela il est bel et bien « terre à terre », nonobstant de la signification péjorative de cette expression; ou plutôt il donne ses lettres de noblesse à cette osmose terrienne qui loin d'être seulement au raz du réel, de la Terre, n'exclue pas tant s'en faut le regard élevé, arpenteur, ce qui est « vu du ciel » et qui donnera forme à ses cartographies où s'affrontent cartes bien réelles et topologies imaginaires.
Le voyage – thème éminemment récurent de l'artiste – est conçu comme un parcours initiatique; il est une rencontre entre notre expérience quotidienne, son espace banalisé, et l'incommensurabilité d'un espace intérieur, d'un espace spirituel . Cette double face de l'arpentage, tant physique que psychique, parcourt toute son œuvre, depuis ses premières réalisations autonomes, issues de l'art du feu, jusqu'aux récentes cartographies-collages.
A partir de 1996, après une année sabbatique en Inde, ses recherches picturales vont donner forme à un travail particulièrement foisonnant – utilisation de technique mixte, papier, bois, sable – des créations justement appelées Palimpsestes tels quelques grimoires, ou quelques fragments d'une archéologie fantastique, fragments arrachés à la terre, telles quelques cartes imaginaires, promesses de voyages non moins imaginaires. S'appropriant certaines techniques surréalistes, Parisi devenu peintre réalise dès 2000, de grands frottages, à partir des accidents d'une rue pavée ou d'un sol d'atelier, le hasard engendrant des formes sur lesquelles l'imagination peut s'y projeter et y lire objets et figures. Parallèlement, ses cartographies, déjà évoquées agrègent cartes bien réelles, d'abord bien identifiables et frottages au riche chromatisme.
Ce travail sur la couleur n'est d'ailleurs pas sans évoquer les expériences d'irisations propres aux émaux de ses terres cuites. « Déréalisées », devenues fantastiques, ces cartographies paraissent issues de quelque laboratoire, de quelque observatoire astronomique, et nous invitent à parcourir de fabuleux et fascinants espaces.
Volontairement anti-figuratif depuis ses débuts, afin d'éviter le narcissisme, dépasser les apparences et traverser le «Voile d'Isis », Parisi renoue récemment avec la représentation du corps, trop souvent galvaudée par le pouvoir politique et religieux.
Actuellement, ce travail sur le corps se concrétise particulièrement en des frottages-papiers – empreintes anatomiques - et en céramique, par des personnages hiératiques, « sismographies digitales » monolithiques, pourtant précaires, indéniablement apparentées aux stèles – le « totem » n'est-il pas l'image projetée de soi-même ?
C'est ainsi que la figuration, annoncée par Salvatore Parisi dès ses débuts vers 1980 d'une manière inconsciente, prouve en lui que toute discipline, toute ascèse, est un mouvement d'éternel basculement – entre activité figurative et sa propre négation – véritable ressac artistique d'une marée fructueuse, véhiculant connaissance de l'art et de sa propre pratique, et re-connaissance de son propre-moi. »

Frédéric ALTMANN, Chapelle des Pénitents-Blancs, Vence, « Palimpsestes », 15 septembre au 30 octobre 1998 :
« Salvatore Parisi « Palimpsestes »
Depuis sa rénovation par la ville de Vence, la chapelle des Pénitents-Blancs, témoigne avec bonheur des recherches contemporaines des artistes de notre région, avec de belles découvertes, mais aussi des confirmations.
En accueillant jusqu'au 30 octobre l'œuvre du peintre et céramiste Salvatore PARISI, nous entrons avec force dans les recherches picturales du vençois d'adoption.
Après vingt-cinq années de céramique, l'artiste nous montre une autre facette de ses possibilités artistiques. Beaucoup d'œuvres aux cimaises, de la figuration à l'abstraction, nous sommes séduits par le coloriste et puis nous passons dans son univers très méditerranéen.
En préambule, il indique: « Créer, c'est saisir l'insaisissable entre le temps et l'espace »
Et l'espace, Parisi, l'occupe avec une boulimie extrême, et pourquoi pas ?
PARISI adore la matière qu'il malaxe, apprivoise avec une grande délectation. Il collabore pendant un temps avec les artistes: Arman, Baviéra, Blais, César, Courtright, Diffring, Di Racca, Pagès, Rhee, R. Soardi…
Il était alors céramiste et l'aventure de la peinture arrive après tant d'années de réflexion.
Avec ses cartes imaginaires Parisi, invite au voyage et comme un alchimiste, il tente, découvre, s'émerveille dans les territoires de l'œil, avec des couleurs incandescentes en naviguant entre le réel et l'imaginaire, laissant des traces de son passage.
Patrick ROSIU l'auteur de sa préface, montre aussi des voies possibles dans un très beau texte
« (….) Le travail du peintre commence là, dans cet étrange moment où le relevé topographique coïncide avec l'imaginaire …..La confrontation de la peinture aux voyages apporte une vision du monde que seule la mémoire favorise d'une façon
inattendue.. Il emprunte aux lieux habituels sa matière première pour donner le ton, et les restitue avec la conviction intime
que les traits posés, les surfaces ajustées, deviennent à chaque fois une part de ceux-ci ».
Chaque œuvre en exposition, donne un signal, une autre vision du monde impalpable que nous appelons: POÉSIE ! »

Patrick ROSIU, Vence, août 1998 :
« CARTES IMAGINAIRES »
La peinture a un lieu: l'atelier où se confrontent toutes les forces et tous les efforts nécessaires à l'acte pictural. Là, j'aperçois ce qui est en cours ou ce qui est fini. Peintures posées à même le sol, ou accrochées au mur. C'est le métier de peintre que je découvre chez Salvatore Parisi. Il lui vient certainement de la pratique de son œuvre céramique.
Cette technique du mélange de l'eau, de la terre, de l'air et du feu, comportant une part d'alchimie lui permet de saisir le matériau avec mesure. Elle impose une rigueur au geste, à la pensée, à la réalisation et permet à l'œil du peintre de desserrer le jeu entre les surfaces et les reliefs. Le peintre est sculpteur, il gratte, creuse, troue, fouille, brise le matériau utilisé : bois, carton et papier. J'y perçois une polysémie en prise avec le temps. Maintenant s'affirment les formes et les récits. Ceux des lieux observés puis dessinés sur la feuille d'un carnet de croquis. A partir de ces premiers tracés savamment organisés le peintre décide d'établir une « topographie imaginaire du monde ».
La carte apparaît, visible en ses contours et ses surfaces. La montrer revient à décentrer l'œil, et l'attirer vers les plis, les marges, les fonds de la peinture. Il y est question de son revers, et du rapport étrange qu'entretient celle-ci à l'espace et au temps. Dès son origine, la carte est le lieu de toutes les évasions possibles, celles par lesquelles l'imaginaire peut se réaliser. A partir de son tracé confondant l'image du monde avec le monde réel elle engendre parcours et fiction. Les signes nomment les territoires découverts ou conquis. Le peintre est alors navigateur. L'aventure de l'un vaut pour l'autre.
C'est certainement cette inscription du monde que reprend à son compte Salvatore Parisi.
La carte semble dresser un état des lieux de la peinture, montrant le jeu crucial entre l'espace réel et l'espace imaginaire. Alors, le dessin sur la matière ou en creux à la manière des graveurs conserve une trace visible de la présence du geste. Il est l'expression sensible de la mémoire, sable, papier, carton, sur lesquels le coloriste dessine, efface inlassablement, fait ou défait continuellement. C'est cette carte utopique que dresse Salvatore Parisi. Là où le langage s'entrecroise avec l'espace.
Tous les trottoirs du monde ne se ressemblent pas. Il y en a de célèbres et de communs, je pense là à ceux de Buenos-Aires, ceux foulés par Borgès pensant à l'écriture des «Géographes » . Ces trottoirs-là nous livrent des rêves de danse où des pieds foulent sans cesse dans leur légèreté, entre ciel et terre, un dessin du monde à venir. Ce morceau de trottoir que les enfants prennent pour jeu d'équilibre en imaginant que leur vie pourrait basculer dans un vide jubilatoire s'ils venaient à tomber dans le caniveau. Rien de tout cela n'arrive, si ce n'est une part d'imaginaire s'enivrant dans cette marche de l'homme sur ce ruban de bitume surélevé où le bruit infernal de la civilisation vient se briser.
La peinture impose en ses bords un silence introduisant le regard. L'œil danse. Toutes les sensations de l'esprit viennent puiser je ne sais quel fait d'existence. Le peintre, dans cette action du temps qui lui appartient, suivant sa manière de faire vibrer les fragments de surface imprégnés de sable coloré rehaussés à la peinture ou au pastel, laisse tous les parcours se découvrir.
Les trottoirs sont les marges de la cité, avancées premières des demeures, jardins ou lieux secrets par où se dérobent les corps cherchant le repos et libérant une parole escamotée. Les Grecs les ont souvent empruntés, inventant la philosophie, comme si celle-ci était née de ce curieux mélange de la marche et de la parole appelant le corps dans cette pratique du dire.
Le peintre récolte un état des choses, nous montre une part des traces qui lui sont nécessaires, couleurs, lumière, grain d'une matière brune claire ou foncée. Que cela soit en rupture, en déséquilibre ou non, le regard est frappé de plein fouet . Puis en s'arrêtant un moment, une autre surface s'impose à nous, paisible ou tumultueuse. Elle livre ce qui nous fait défaut, un attachement singulier à la présence du temps. Le regard déborde de tous côtés, tant le jeu des traces, des coupures, des fils, des recouvrements, appelle à être foulé par l'œil.
Le travail du peintre commence là, dans cet étrange moment où le relevé topographique coïncide avec l'imaginaire. La confrontation de la peinture aux voyages apporte une vision du monde que seule la mémoire favorise d'une façon inattendue. Il emprunte aux lieux habituels sa matière première pour donner le ton, et les restitue avec la conviction intime que les traits posés, les surfaces ajustées deviennent à chaque fois une part de ceux-ci.
La rose des vents oriente le peintre, installe les tracés et les contours, tout ce qui va être pour lui dans le jeu des superpositions, des reprises, des ajouts, une mise en fragments de la peinture, cette dimension visible que j'appelle, « territoire». L'œil traverse alors des espaces qui sont les amas, les déchirures, les croisements d'une pensée dissimulée à l'intérieur et au-delà des signes. Relever le défi des voyages en se penchant sur la carte, débusquer les failles ou les écueils, voilà tout le travail de l'artiste quand il surgit d'un seul coup. Allégorie, la figure impose sa dimension, sa trajectoire.
Murs, fenêtres, portes sont ici les éléments du paysage pictural ouvrant la forme, provoquant des trouées entre le tableau découpé – lattes de bois assemblées ou feuilles de papier déchirées et cousues – ainsi que l'espace qu'il recouvre. Le tableau est une fenêtre ouverte sur le monde : cette conception de la peinture venant de la Renaissance trouve là sont juste écho, tant l'articulation des moments en jeu ici est une source où notre regard va puiser un instant mille petites sensations en mouvement.
Salvatore Parisi découvre dans le jeu des éléments de sa création – sable - maculation – trouée – enclave – réserve – ligne – signe – ce qu'ils évoquent : le vent – le souffle – le chaud et le froid. Il pratique une sorte de langue secrète installant un paysage mystérieux, sorte de « paésine » - cette pierre aux motifs étranges servant de décor à la peinture dans l'Italie du Quattrocento - Il puise dans le minéral une dimension due aux accidents, imprévus, imperfections permettant à l'œil de s'engouffrer dans les multiples strates représentées.
Dans la surface encore chaude et humide que les doigts du Géographe de Vermeer ont effleurée, Salvatore Parisi s'aventure, explorant les plis aléatoires du papier. Le ton gris du support (réserve nécessaire aux différents territoires peints) permet aux trajets de faire revivre les plus hallucinantes légendes. L'Homme invente son propre mythe. L'oiseau prend son envol. Son œil, maintenant y discerne ce qui est écrit de ce qui est peint. TANTRA, SURYA, CHAOS, PALIMPSESTE, COMÈTE, ces titres nomment le paysage permettant au regard d'y lire les aspects « diurne ou nocturne de la carte ».Décoller l'œil de l'esprit pour mieux accomplir les trajets, c'est amorcer une relation délicate et intime avec ce travail. Les étendues de couleur brune, ocre clair, lignes bleues ou surfaces blanches relancent l'œil pour qu'il trouve son accomplissement sur cette terre inconnue.
Morceau de terre – celle des navigateurs – que les marins du haut de la vigie aperçoivent en s'écriant TERRE, TERRE, TERRE. ….TERRE luxuriante recelant tous les dangers ou appelant tous les rêves possibles, pouvant sauver un navire du manque d'eau et de vivres ou l'amener à sa perte. Terre étrangère incitant la main à la toucher, la caresser pour ressentir enfin sa présence. Définie par un méridien et un parallèle sur la carte, elle devient pour l'œuvre le dessous des cartes, « ceci est la couleur de mes rêves » disait Mirò. Le peintre-cartographe découvre le jeu existant entre lui et sa vision du monde, il déambule dans cette terre comme le marcheur de Giacometti s'orientant d'un pied ferme dans l'espace.
Terre ou rêve, Salvatore Parisi travaille l'un et l'autre sans cesse. Passant de la couleur aux signes, il trace une voie secrète aboutissant à la pointe extrême d'un moment intérieur. Les signes, repères topographiques sont là comme des indications énigmatiques pour tout marcheur cherchant son chemin. De la nature à l'alphabet, Salvatore Parisi reprend à son compte le dialogue incessant existant chez Poussin ou Paul Klee, entre la lettre et la peinture, (signe, dessin, image, couleur).
Loin de Buenos-Aires et de Borgès, nous poursuivons notre marche dans ces lieux. L'image, telle un voile de Maya, cherche à saisir quelqu'un. Le coloriste Salvatore Parisi peint quelque chose de l'effacement de l'être afin de libérer son énergie, celle qui permet à l'œil d'accomplir le trajet de son désir dans la réalisation du but de se « trouver lui-même ». Là se trouve le fil de notre regard. La question au centre de l'œuvre, OU SUIS-JE ?, dans les signes, les tracés, les couleurs, s'efface sous le vent. Quelques empreintes puis plus rien, l'homme disparaît. Le sable absorbe le voyageur-regardeur. Remuer, souffler, mouiller, cuire : ces actions du temps laissent apparaître quelque chose d'inachevé. La carte n'est plus qu'une feuille de papier. C'est à partir d'autres esquisses que le travail commencé ici se poursuit.

Pas encore membre ? S'inscrire.

Accès aux Objets

CeramicsCollector,
SARL au capital de 130 000 €
438 704 181 R.C.S. Paris
34, rue du Docteur Blanche 75016 Paris
+33 (0)6 74 96 57 57
+33 (0)1 53 59 59 50